
Katie Olson est une pyromane emprisonnée. Elle a mis le feu à une forêt et tué involontairement une famille qui campait là. La justice de son pays a décidé sa condamnation à mort.
Elle attend. Elle nous parle, en silence, du silence, du secret.
Très vite, elle apparaît comme un individu ne pouvant à priori pas susciter la compassion, encore moins l’identification. Chez elle, pas de ton plaintif ou de positionnement de victime. L’auteur l’a voulue repoussante à souhait et le crime qu’elle a commis, s’il ne dissimulait un terrible secret « résolu » par un autre crime également tenu secret, suffit à expliquer au regard de la justice du pays dans lequel elle vit, la décision judiciaire menant à sa condamnation à mort.
Mais expliquer n’est pas comprendre.
Juge-t-on de la même manière lorsqu’on se place du point de vue de la compréhension et, si l’on juge sans ce filtre-là, quelle forme d’humanité prétend-on protéger ?
Comprendre a nécessité pour nous d’interroger sur scène nombre de silences, nombre de pudeurs, nombre de violences intérieures pouvant concourir et aboutir à cette décision définitive et sans retour : la condamnation à mort d’un individu par des représentants d’une société humaine.
Comprendre n'a réellement été possible qu’après cette fouille, cette dissection à renouveller en présence de ceux qui peuvent potentiellement proposer ou valider un tel système.
Comprendre exige à présent de livrer cet écrit aux oreilles et aux yeux du public.
Le public… cet autre terme pour désigner une société humaine.
Beaucoup d'individus semblent scandalisés par les peines capitales prononcées officiellement et les exécutions qui s’ensuivent. Mon aversion personnelle se manifeste d'autant plus quand celles-ci ont lieu dans des Etats démocratiques.
Outre la révolte qu’elle engendre, la peine de mort ne suscite toutefois pas tant à mes yeux la possibilité d’un questionnement curieusement aussi manichéen qu’abyssal (Pour ou Contre) qu’un débat bien plus délicat et complexe fissurant de part en part l’apparente problématique initiale du bien et du mal, à savoir :
Qui juge qui ?
La puissance du texte de James Garner réside du reste dans cette faculté à interroger ce qu’il y a de si trouble et de si changeant en nous : la capacité à juger.
Le témoignage fictif de cette femme dont l’âge et la nationalité restent indéterminés place nos consciences face à d’autres interrogations rageuses et muettes :
Si la société cherche à rendre la justice, la peine capitale est-elle un châtiment juste ou ce châtiment n'est-il qu’une autre forme de la négation de la violence et de l'inhumanité présentes en chacun d’entre nous ?
La peine de mort peut-elle réellement apporter une réponse à la détresse humaine ?
Que faire avec les erreurs de jugement quand l’irréparable est commis ?
Sonia Codhant
Metteur en scène